En 1922, Alice Milliat défiait Pierre de Coubertin en créant les premiers Jeux Olympiques féminins. Un acte fondateur, symbole d’un combat toujours d’actualité. Aujourd’hui, chaque 24 janvier, en France comme à l’international , cette journée est dédiée à la mise en lumière des sportives dans le monde entier, mais surtout à la sensibilisation aux inégalités persistantes dans le sport, qu’il soit amateur ou professionnel.
La FNASS et l’ensemble de ses membres œuvrent quotidiennement pour améliorer les conditions de travail des sportives professionnelles, afin qu’elles puissent exercer leur métier dans des conditions équitables à celles de leurs homologues masculins. La reconnaissance du sport féminin passe par la protection sociale, la structuration juridique et la pleine considération des sportives comme des travailleuses à part entière.
Pendant de nombreuses années, les sportives n’ont pas été reconnues comme des professionnelles. Moins diffusé, moins financé, moins visible, le sport féminin a longtemps souffert d’un déficit de reconnaissance institutionnelle et économique. Cette situation se reflète encore aujourd’hui dans l’organisation même du sport professionnel.
L’un des constats marquants est que seul le volleyball professionnel féminin est intégré au sein d’une ligue indépendante et autonome de la fédération (au sein de la Ligue Professionnel de Volleyball). Pour l’ensemble des autres disciplines professionnelles féminines, elles ne sont représentées que dans des commissions fédérales, sans autonomie de décision propre. Cette absence d’indépendance constitue un indicateur fort du retard structurel du sport féminin professionnel.
Les fédérations et les acteurs du sport ne sont toutefois pas les seuls responsables. Le cadre législatif actuel ne permet pas la création de deux ligues professionnelles distinctes au sein d’une même discipline. C’est pourquoi, à l’occasion de l’examen de la Proposition de loi relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel de 2025, la FNASS a porté un amendement visant à inscrire dans la loi la possibilité de créer deux ligues professionnelles autonomes.
La FNASS salue l’adoption de cet amendement dans la version de la PPL votée par le Sénat et transmise à l’Assemblée nationale. Nous espérons qu’il pourra aboutir, afin de permettre aux disciplines qui le souhaitent et dont le modèle est suffisamment mature de se doter d’une ligue professionnelle féminine indépendante (ou pour intégrer une ligue professionnelle masculine existante). Il s’agirait d’une première étape essentielle vers la reconnaissance pleine et entière de l’ensemble des sportives professionnelles.
Cette reconnaissance passe également par la construction d’un cadre social protecteur. En 2021, le sport féminin a franchi une étape majeure avec la signature de la première convention collective dédiée aux joueuses professionnelles de handball. La Convention Collective des joueuses professionnelles de handball « DHIANE » a permis de créer un accord social spécifique aux joueuses et entraîneurs de la première division féminine, afin d’accompagner la professionnalisation et la structuration des clubs.
Cette convention apporte une avancée majeure qui réside dans la protection sociale des joueuses, notamment en matière de prévoyance et de complémentaire santé dont le maintien de salaire pendant une durée prolongée en cas d’arrêt de travail ou de maternité, contre trois mois dans la Convention Collective Nationale du Sport. Cette convention constitue un tournant décisif pour le sport féminin et pour les générations futures. Cette convention collective permet aux handballeuses de vivre leur maternité sereinement, notamment grâce au maintien de salaire.
« Être le premier sport féminin à avoir réussi à signer son propre accord sectoriel est une vraie fierté. De notre point de vue, la Convention Collective Nationale du Sport ne prenait pas vraiment en compte les spécificités de notre discipline et n’allait pas assez loin sur la prévoyance et la maternité », Sabrina Ciavatti, vice-présidente de l’AJPH.
Dans cette dynamique, le basketball féminin professionnel s’est également doté de sa propre convention collective après plus de cinq années de négociations entre employeurs, joueuses et entraîneurs. Entrée en vigueur le 1er juillet 2024, cette convention couvre les deux premières divisions féminines et concerne près de 250 basketteuses.
Innovant et inédit, cet accord garantit un maintien de salaire intégral pendant douze mois en cas d’arrêt de travail, y compris lors des congés maternité (à noter que ces garanties sont mieux disant que l’accord dédié à leur homologue masculin). Il traite également de sujets essentiels tels que le maintien de salaire en cas de perte de licence, témoignant d’une prise en compte globale des réalités du métier de sportive professionnelle.
La réussite de ces négociations démontre qu’il est possible, y compris dans des disciplines où l’économie des clubs demeure fragile, de construire un dialogue social de qualité. Protéger les sportives et préserver l’équilibre économique des clubs ne sont pas des objectifs incompatibles : ils sont, au contraire, complémentaires et indispensables à un développement durable du sport féminin professionnel.
La FNASS continuera de s’engager pleinement pour que les sportives bénéficient d’un cadre juridique, social et économique à la hauteur de leur engagement et de leur professionnalisme.
« C’est une nouvelle historique dont peut se réjouir le sport français. Nous rattrapons aujourd’hui 20 ans de retard sur nos homologues masculins. En plus de démontrer l’efficacité du dialogue social, cet accord sectoriel va permettre d’adapter le droit du travail au basket féminin par la mise en place d’un certain nombre de garanties collectives pour les joueuses comme les douze mois de congés maternité avec maintien de salaire ou encore la création d’un statut pour la jeune joueuse. », Amara SY, président du BPU.
Aujourd’hui, la FNASS, membre de la commission sport professionnel au sein du CNOSF et plus particulièrement du groupe de travail sur le sport féminin, prend des positions fortes lors des différentes réunions en indiquant qu’elle ne souhaite pas d’un sport féminin au rabais, sans réelles ambitions de développement.
